Benicio del Toro et les paradis artificiels

Le 7 octobre prochain, Sicario, le nouveau film de Denis Villeneuve (Prisonners et bientôt Blade Runner 2) débarque dans les salles françaises. Dévoilé au dernier Festival de Cannes, le film a rendu les critiques dithyrambiques. En tête de ces louages, la prestation de Benicio del Toro. Certains le voyaient déjà décrocher un nouveau prix d’interprétation sur la Croisette. Car force est de constater que la filmographie de del Toro semble jalonner par des rôles le reliant systématiquement à l’univers de la drogue. L’occasion pour Silence Moteur Action de refaire un petit tour d’horizon de ses prestations les plus emblématiques. 

Permis de tuer

En 1989 sort Permis de tuer, 16e film consacré à James Bond alors campé par Timothy Dalton (Penny Dreadful). 007 part dans une vendetta personnelle lorsque son ami Felix Leiter est laissé pour mort par un baron de la drogue. L’antagoniste principal de l’agent britannique est joué par Robert Davi. Mais dans l’ombre, un jeune chien fou marque particulièrement les esprits : Dario, campé par Benicio del Toro. Ce rôle permet à l’acteur de se faire connaître du grand public. Si son temps de présence est limité à l’écran, malgré un duel à mort avec Bond,  il aura su marquer les esprits par son regard aussi sadique que diabolique. Petit second couteau deviendra grand.

Las Vegas Parano

« Je veux le lapin !!!« . Qui ne se rappelle pas d’un Benicio del Toro plongé dans une baignoire crasseuse, défoncé jusqu’aux yeux, faisant une véritable fixation sur une chanson du groupe Jefferson Airplane ? De membre d’un cartel, l’acteur devient cette fois consommateur pour le Las Vegas Parano de Terry Gilliam en 1998. L’histoire suit un journaliste et son avocat en route pour une conférence sur les drogues à Las Vegas. Une occasion que ne perdra pas le duo pour tester eux-mêmes la marchandise. Décrié par la critique, le film a vite acquis une aura culte à sa sortie en vidéo. Il faut dire que Johnny Depp et Benicio del Toro n’ont pas ménagé leurs efforts pour rendre leurs personnages complètement cinglés. Le pauvre Tobey Maguire en est encore traumatisé.

Traffic

Cette fois Benicio del Toro passe de l’autre côté de la barrière en jouant Javier Rodriguez, un policier mexicain. Pour Traffic de Steven Soderbergh. Long film choral où chaque personnage tient un rôle bien défini autour du trafic de drogue. Acclamé par la critique dès sa sortie en 2001, le film connaîtra une carrière particulièrement faste avec en point d’orgue 4 Oscars donc celui du Meilleur Second Rôle pour le comédien. L’acteur et le réalisateur se retrouveront pour le dyptique Che pour lequel del Toro recevra le prix d’interprétation masculine à Cannes.

Savages

Le film d’Oliver Stone marque un retour aux premières amours pour del Toro. Savages, sorti en 2012, voit l’acteur redevenir l’homme de main sadique d’un cartel mexicain dirigé par Salma Hayek. Comme si Lado, son personnage était une version plus âgée (et donc plus ambitieuse) de celui qu’il campe dans Permis de tuer. Chon et Ben ont une vie de rêve sous le soleil californien avec leur business de cannabis qui fait merveille. Un bonheur qu’ils partagent avec O, leur petite amie commune. Leur succès attire les convoitise et tout part en vrille bien évidemment. Savages est sans doute le meilleur film d’Oliver Stone depuis l’Enfer du dimanche. Le réalisateur est bien aidé par son casting et surtout ses méchants. Del Toro fait encore des merveilles, toutes moustaches dehors !

Paradise Lost

Ce qui devait arriver arriva. Après avoir campé un flic, un drogué déluré, un homme de main d’un cartel, le comédien atteint enfin le sommet de la chaîne alimentaire avec Paradise Lost. L’année dernière, Benicio del Toro devient El Patron. Autrement dit Pablo Escobar himself. Dans ce biopic qui n’en est pas vraiment un, l’acteur était le premier choix du réalisateur Andrea Di Stefano. Aussi curieux que cela puisse paraître, Escobar n’avait pas encore eu le droit à un film lui étant entièrement consacré. Plus que secondaire dans Blow avec Johnny Depp, cette fois Benicio del Toro, tout en charisme animal, se charge de lui offrir toute la consistance que le baron mérite. Ayant recours à la transformation physique ainsi qu’à l’improvisation, l’acteur offre la figure d’un patriarche attentionné avec les siens et totalement froid lorsqu’il ordonne le massacre de familles entières. Si l’approche particulière de Paradise Lost a déçu certains (qui semblent avoir trouvé leur bonheur dans Narcos), le long métrage marque un accomplissement pour l’acteur dans sa plongée dans le monde de la drogue. Élevant son talent à chaque film, del Toro est, cette fois, arrivé tout en haut de la pyramide. Vraiment ? Sicario semble bien parti pour que l’acteur dévoile une nouvelle palette de son jeu.

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