Loin de la foule déchaînée : Vinterberg explore le romantique

Le 3 juin 2015, le public pourra découvrir en salle Loin de la foule déchaînée, une adaptation du roman de Thomas Hardy. Après La chasse, le réalisateur danois Thomas Vinterberg signe ici une romance en pleine Angleterre victorienne. Silence Moteur Action a vu le film et vous donne son avis.

Angleterre victorienne. Cette histoire écrite en 1874 suit Batsheba Everdeen (Carey Mulligan), jeune fille passionnée et indépendante, héritière de l’exploitation fermière de son oncle. Dotée d’un fort tempérament, Batsheba travaille à trouver sa place dans un monde purement masculin. Loin des convictions traditionnelles, elle est décidée à écouter ses sentiments et à se marier par amour. Qui choisira-t-elle entre le berger Gabriel Oak (Matthias Schoenaerts), le fougueux sergent Fran­cis Troy (Tom Sturridge) et son riche voisin William Bold­wood (Michael Sheen) ?

Après la première adaptation du roman « Loin de la foule déchaînée » par John Schlesinger, les producteurs Andrew Macdonald et Allon Reich, de DNA Films, tentent une nouvelle approche, touchés par le parcours particulièrement contemporain et actuel du personnage de Batsheba. Le choix de Vinterberg comme réalisateur peut paraître étonnant mais Andrew Macdonald s’explique : « Il apporte du réalisme à l’intrigue, sans jamais négliger la splendeur d’une reconstitution historique », dit-il. « Il voulait qu’on ressente une proximité avec les personnages et que, dans le même temps, on ait le sentiment d’assister à un spectacle d’une belle ampleur romanesque. » Et le réalisateur danois ne manque pas de renchérir, en amoureux du personnage incarné par Carey Mulligan : « Elle ne se laisse en aucun cas dicter sa conduite, et elle s’aventure dans un monde d’hommes avec une force de caractère typiquement féminine qui n’était pas franchement acceptée à l’époque. Et pourtant, dans le même temps, Bathsheba est fragile et cherche à apprendre le fonctionnement des hommes et du milieu où elle évolue. C’est cette dualité qui la rend si complexe et attirante ».

Vinterberg s’attaque à un tout autre genre mais le respecte infailliblement. Aux fleurs bleues, Loin de la foule déchaînée sera un vrai plaisir des yeux. De la mise en scène à la bande son en passant par la colorimétrie, Vinterberg suit à la lettre tous les codes du romantique pour en faire un film « péché-mignon ». Les performances des acteurs complètent ce décor : Batsheba semble s’épanouir dans ce quatuor amoureux, explorant les facettes de l’amour, de la passion au mariage sécuritaire. Pour le plaisir, on dévore des yeux Matthias Schoenaerts, bien séduisant dans son rôle de berger honnête et protecteur. Le réalisateur de Loin de la foule déchaînée explore le féminisme dans un monde d’hommes et on se plait à soutenir les choix de Carey Mulligan. Dans la lignée des adaptations cinématographiques des œuvres de Jane Austen et dans le sens de Pride and Prejudice, Vinterberg inscrit sa patte sur ce genre via une réalisation sans faute.

Côté originalité, le réalisateur n’a pas fait fort. Le scénario est plus qu’attendu et le quatuor amoureux prend le dessus sur l’éclat d’indépendance féminin au fil du film. Le personnage de Batsheba Everdeen perd de sa force et la seconde partie de Loin de la foule déchaînée n’opère plus de magie. La bande son, qui rappelle fortement celle du film The Village de M.Night Shyamalan, même si elle fonctionne bien, entérine Loin de la foule déchaînée dans un genre connu. On découvre d’ailleurs les talents de chanteuse de Carey Mulligan, sensuelle et émouvante dans sa prestation.

En bref, Vinterberg ravira les amoureux du genre avec Loin de la foule déchaînée mais s’éloigne de son œuvre cinématographique appréciée. Ca n’empêchera pas le spectateur d’oublier son sens critique et de se laisser porter par cette romance à la réalisation parfaite.

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