[Annecy 2017] Zombies et canicule

C’est parti ! La 41ème édition du Festival international du film d’animation d’Annecy est lancée. Silence Moteur Action est accrédité pour l’événement et tachera de vous évoquer les points phares de cette nouvelle semaine de découvertes, à la fois sur ses réseaux sociaux et sur le blog. Cette première journée s’est placée sous le signe de la découverte (autant de la ville elle-même que des différents films d’animation), du rêve avec Hirume Hime – Rêves éveillés et de la différence avec Zombillenium, projeté en cérémonie d’ouverture.

Où sont les femmes ?

Grande nouveauté de cette édition : le premier congrès organisé par le groupe Women in Animation, dirigé par Marge Dean (que nous aurons l’honneur de rencontrer ce mercredi) et Kristy Scanlan. Nous avons rejoint l’Imperial Palace en cours de journée, durant un panel sur les expériences d’artistes, en présence notamment de Céline Sciamma, scénariste du très remarqué Ma vie de courgette et Présidente du Jury Long métrage cette année. Les intervenants sont ainsi revenus sur la notion d’échec : comment l’évoquer dans un contexte où, en festival, seules les réussites et les victoires comptent ? Pour Céline Sciamma, l’échec vient du fait de ne pas saisir une opportunité ou de voir certaines nous échapper. Le producteur Jorge Gutierrez indique quant à lui que toutes ses réussites professionnelles sont survenues après des échecs !

Comment développer des histoires diverses ? Julie Ann Crommet et Jessica Julius de Walt Disney Pictures et Melissa Cobb des studios Dreamworks sont revenues sur la question, en témoignant de la volonté des grandes firmes d’animation de s’ouvrir au monde et d’adopter une diversité de points de vue beaucoup plus importante que par le passé. Jessica Julius a évoqué la genèse du projet Vaiana : La Légende du bout du monde, et le travail fourni par l’équipe afin de s’imprégner de la culture polynésienne. Pendant trois ans, les réalisateurs et techniciens de chez Disney ont visité une grande partie des îles du Pacifique afin de s’assurer que le scénario et l’univers de Vaiana soient bel et bien représentatifs de la population locale, et non un regard fantasmé ou stéréotypé. L’intervenante a évoqué une scène qui aurait dû se trouver dans le script, au cours de laquelle Vaiana devait grimper sur un cocotier et ainsi montrer qu’elle pouvait s’occuper seule de ce genre de tâche. Celle-ci a cependant été supprimée car les gens que l’équipe estimaient qu’il était contraire à la culture polynésienne d’effectuer une telle tâche pour une femme. Melissa Cobb a quant à elle évoqué la manière dont Dreamworks s’est ouvert au monde en tentant de proposer des personnages universels, tels que les Croods. Elle a également parlé de sa féroce lutte avec Jennifer Yuh pour qu’elle accepte de réaliser Kung-Fu Panda 2 en dépit de sa grande timidité, la faisant ainsi devenir la première femme réalisatrice d’un film d’animation d’une telle envergure.

Nous espérons que l’expérience sera renouvelée dès l’an prochain à Annecy !

Rêve ou cauchemar ?

Au programme également de cette journée : deux films bien singuliers qui, vus l’un après l’autre, nous font quelque peu douter de notre réalité.

Lorsque l’on commence à regarder Hirume Hime – Rêves éveillés, on a presque l’impression de voir un court métrage. Raté : c’était un rêve de la jeune Kokone ! EuroZoom, distributeur français du film, a ainsi choisi de reprendre le titre original du film et de s’éloigner de l’international Ancien and The Magic Tablet. C’est tant mieux. Le sous-titre Rêves éveillés retranscrit davantage l’esprit de l’œuvre, réalisée par Kenji Kamiyama (qu’on a pu retrouver derrière les manettes des Ghost in the Shell : Stand Alone Complex). À mi-chemin entre Inception et Your Name, Hirume Hime place le rêve lucide au cours de ses préoccupations. Lorsque son père est arrêté par la police, Kokone se rend compte que ses rêves renferment des secrets sur son passé : et si rêver pouvait changer des choses dans la vie réelle ? Le film séduit par cette nouvelle approche audacieuse des songes, alors qu’il s’agit déjà d’un sujet largement ratissé. Cependant, certains plans donnent une impression d’inachevé au long métrage, tant leur esthétique semble parfois en dessous du reste. L’intrigue se voit d’ailleurs de plus en plus tortueuse dans le dernier acte : les symboles contenus dans les Rêves sont bien trop forcés et le film se perd par conséquent dans des explications qui ne semblaient pourtant pas nécessaires. En salles le 12 juillet 2017.

Peu de temps après Cannes, Zombillénium a envahi la grande salle de Bonlieu pour la cérémonie d’ouverture de cette 41ème édition : une certaine fierté se ressentait à la découverte de ces images, tant le projet et ces réalisateurs ont vécu grâce à Annecy. Les deux réalisateurs, Arthur de Pins et Alexis Ducord (que nous aurons le privilège de rencontrer ce jeudi), s’y sont rencontrés et y ont présenté le Work in progress de leur projet. Adapté des bandes dessinées du premier réalisateur, Zombillénium opte toutefois pour une histoire inédite. En résulte un très beau film accessible à tous, malgré les monstres, sur la différence et son acceptation. Vampires et zombies s’affrontent dans un combat de popularité sans merci, notamment représentatif des envies du public de ces dernières années. Steven, le beau gosse aux dents pointues, semble être un ersatz particulièrement irritant et égocentrique d’Edward Cullen : après les vampires, les zombies ? Comment faire pour intéresser le public auprès de ce monstre jugé dépassé ? Zombillénium est une somptueuse expérience qui rappelle par ailleurs que les comédiens de doublage ne sont pas à négliger : cela fait grand plaisir de ne pas voir un casting parasité par des stars dont le doublage n’est pas leur activité ! Emmanuel Curtil, Kelly Marot, Alexis Tomassian… accompagnés par le musicien Mat Bastard (Skip the Use), qui a contribué à la bande son avec Eric Neveux. En salles le 18 octobre 2017.

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