[Critique] 120 battements par minute : combattre pour l’amour

Après avoir secoué la Croisette lors du 70ème Festival de Cannes – tant est si bien qu’il était pressenti pour gagner la Palme d’Or – 120 battements par minute s’apprête à secouer la France entière.  

Et pour cause : le lauréat du Grand Prix met en lumière le combat d’une association (Act’up) durant les années 90 afin de sensibiliser les Français au problème du SIDA. Un film au sujet fort, qu’il traite de manière honnête et réussie.

Un sujet important et intemporel 

Si le film secoue et fonctionne autant, c’est notamment car son sujet dépasse le cadre historique auquel on pourrait le restreindre dans un premier temps. Effectivement, il y a l’idée de narrer l’histoire vraie d’Act’Up (une association apparue dans les années 90) et ses combats, de montrer l’homophobie ordinaire de l’époque, l’insouciance des jeunes face à cette maladie inconnue alors et le silence radio des médias et de la classe politique.

Mais plus que ça, le film résonne aujourd’hui car son sujet est intemporel. Il s’agit de parler de la différence, de s’accepter tel qu’on est et du courage de s’affirmer. En cela, 120 battements par minute est une pure réussite. Le cinéaste Robin Campillo en a conscience, et brouille volontairement les pistes : peu de choses trahissent l’époque, et l’on pourrait croire que le film se déroule de nos jours. Il n’y a, à la limite, que la musique électro typique des années 90 et la représentation de la politique de l’époque qui permettent d’ancrer le film dans un contexte temporel. Car les personnages, eux, sont si finement écrits que l’on pourrait les croiser dans les rues aujourd’hui.

Ces personnages, cependant, mettent du temps à émerger. En réalité, 120 battements par minute est un film choral. Plutôt que de nous les exposer un par un, Campillo fait le choix de nous les présenter tous d’un coup ; on est amené directement en plein cœur de l’intrigue via le personnage de Nathan qui arrive dans l’association. On s’identifie à lui mais, malgré le fait qu’il soit le fil rouge du film, on s’en détache pour mieux découvrir d’autres personnages. C’est l’idée de la communauté : le héros n’est pas unique mais multiple.

En dehors des sentiers battus

La plus grande force du film réside dans ses acteurs, tous incroyables – Nahuel Pérez Biscayart en tête (on aurait aimé un Prix d’interprétation à Cannes, mais on espère un César du meilleur espoir masculin). Pour autant, un film ne peut être bon s’il ne se repose que sur les performances de son casting. Ainsi, la mise en scène de Campillo vient faire le pont entre les divers éléments et apporte un rythme lent et une ambiance froide (mais pas dénuée d’émotion, au contraire). Le film est pluriel, et aborde tout un tas de problématiques.

Au final, 120 battements par minute est difficile à résumer. On ne peut pas le mettre aisément dans une case, car il ne s’en restreint pas à une seule. C’est un film intime qui plonge dans les émotions de ses personnages, mais aussi un film gay, avec des scènes parfois crues. L’oeuvre de Campillo brosse également un portrait honnête d’une époque précise ; c’est une histoire vraie, un biopic (le cinéaste s’est d’ailleurs inspiré de sa propre expérience au sein de Act’Up pour laquelle il a milité). C’est un film politique, qui dénonce les abus de pouvoir et la non-neutralité des médias. Enfin, 120 battements par minute est un film humaniste, qui nous apprend qu’il y a du bon au fond de chacun de nous. Toute cette pluralité trouve son sens dans le titre du film, lui-même ayant énormément de sens possibles.

Conclusion : 120 battements par minute est un film somme : il réussit à mixer tout un tas d’ambiances, décrit avec justesse ses personnages et traite des problèmes graves et importants comme le SIDA, l’acceptation de soi et la différence. 120 battements par minutes est une oeuvre complexe et émouvante, donc on sort profondément marqué.

120 battements par minute
Un film de Robin Campillo
Sortie le 23 août 2017


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